La réponse courte
Le suédois est classé par le Foreign Service Institute américain dans son groupe le plus accessible, celui des langues proches de l'anglais, à 24 semaines de formation à plein temps. Le classement est fait pour des anglophones, et c'est là qu'est votre raccourci : l'anglais que vous parlez déjà vous donne des centaines de mots suédois. Il n'y a pas de déclinaison. Le verbe ne change jamais selon la personne : jag är, du är, vi är, de är. On dit du à tout le monde. Les difficultés réelles sont ailleurs : en ou ett, l'article défini collé à la fin du nom, la règle V2, les mots composés, la longueur des voyelles qui change le sens, et les sons sj- et tje-. La plus grande n'est pas dans la langue : on vous répond en anglais, donc vous ne pratiquez pas.
Le classement existe, mais il n'a pas été fait pour vous
Le Foreign Service Institute forme les diplomates américains et publie la durée de ses propres cours. Le suédois y est en catégorie I, celle que le département d'État définit comme le groupe des langues proches de l'anglais, à 24 semaines. La catégorie entière est annoncée entre 24 et 30 semaines, soit 552 à 690 heures de cours. Le danois, le néerlandais, le norvégien et l'italien sont à 24 semaines avec lui. Le français y figure aussi, à 30 semaines. L'allemand est un cran plus loin, en catégorie II, autour de 36 semaines.
Regardez de quoi ces semaines sont faites avant d'en tirer du réconfort. Une semaine type au FSI, c'est 23 heures de cours plus 17 heures de travail personnel, et la cible est un score intégré de 3 en expression et en compréhension orales sur l'échelle ILR, c'est-à-dire un niveau professionnel. Les élèves sont des adultes en formation à plein temps, sans rien d'autre dans leur agenda.
Le chiffre ne vous concerne donc pas directement, et il ne dit rien de vos soirées. Ce qu'il établit, c'est la distance entre l'anglais et le suédois, et cette distance est courte. Si vous parlez anglais, ce raccourci est déjà à vous. Pour savoir ce que cela donne en heures quand on a par ailleurs un travail, le temps que coûte réellement le suédois pose le calcul en entier.
Quatre choses que le suédois ne vous demandera jamais
Conjuguer. C'est la plus grosse économie de la langue, et elle mérite qu'on s'y arrête. La forme du verbe ne bouge pas selon la personne. Ni au présent, ni au passé, nulle part. jag är, du är, han är, vi är, ni är, de är. Un verbe régulier suédois complet tient en quatre formes : tala, talar, talade, talat. Il n'y en a pas de cinquième.
La contrepartie surprend souvent un francophone, et il vaut mieux la savoir tout de suite. En français, la terminaison porte l'information : parlons dit déjà qui parle. En suédois, elle ne dit rien, donc le pronom sujet devient obligatoire et on ne le laisse jamais tomber. Pendant deux semaines, vous aurez l'impression qu'il manque quelque chose à la phrase. Ensuite vous cesserez de le remarquer.
Décliner. Le nom suédois ne change pas de forme selon sa fonction. Il reste une seule marque héritée des cas, le -s du génitif, et elle fonctionne comme celle de l'anglais, sans apostrophe : Annas bok, husets tak. Les pronoms, eux, ont bien une forme sujet et une forme complément, jag et mig, han et honom, exactement comme le français distingue je et moi.
Choisir entre tu et vous. La question n'existe plus. On dit du au médecin, au patron, au voisin et à l'inconnu dans l'ascenseur. La forme ni existe, mais c'est le vous du pluriel ; l'utiliser comme marque de politesse sonne aujourd'hui vieilli, voire distant. Un Français qui arrive perd d'un coup le calcul social le plus fatigant qu'il connaisse.
Deviner comment se prononce un mot écrit. L'orthographe suédoise est régulière : une fois quelques conventions apprises, le mot écrit vous dit comment le dire. Il n'y a pas de -ent muet à la fin des verbes, pas de pluriel qu'on n'entend pas. En suédois, bilar s'entend au pluriel, et c'est le genre de détail qui allège une année entière.
| En suédois | Ce que ça veut dire | Quand l'utiliser |
|---|---|---|
| jag är, du är, han är, vi är, de är | je suis, tu es, il est, nous sommes, ils sont | Une seule forme pour toutes les personnes. C'est vrai de tous les verbes suédois, à tous les temps. |
| tala, talar, talade, talat | parler, parle, parlait, parlé | Un verbe régulier complet. Ces quatre formes suffisent, il n'y a pas de tableau derrière. |
| Du kan säga du till alla. | Vous pouvez dire tu à tout le monde. | Au médecin comme au patron. Le vouvoiement suédois a disparu de l'usage courant. |
| Annas bok | le livre d'Anna | La seule marque de cas qui reste. Sans apostrophe, jamais. |
| Jag dricker kaffe. | Je bois du café. | Sujet, verbe, complément. Et pas de partitif : du café se dit kaffe, tout court. |
Deux portes d'entrée, dont une que personne ne vous signale
La première est l'anglais que vous avez déjà. Le suédois et l'anglais appartiennent à la même famille, et le recouvrement n'est pas anecdotique : hus, bok, hand, arm, finger, vinter, sommar, vatten, fisk, ord, namn, syster, dotter. Des verbes aussi : komma, dricka, se, höra, sitta, sjunga. Vous ne les apprenez pas vraiment. Vous les reconnaissez sous un autre habillage, et c'est la raison pour laquelle un francophone qui lit l'anglais démarre bien plus haut qu'il ne le croit.
La seconde est le français lui-même. Le suédois a emprunté au français toute une couche de vocabulaire, et elle est restée en usage quotidien : paraply, trottoar, fåtölj, garderob, balkong, restaurang, biljett, servett, toalett, parfym, ingenjör, ateljé, bagage, kuvert, kalsonger. Le mot suédois pour un niveau est nivå. Le mot pour l'environnement est miljö. Le mot pour une file d'attente est kö, et c'est lui qu'on retrouve dans bostadskö, la file d'attente pour un logement.
Le sens a parfois glissé en route, et c'est là qu'il faut faire attention plutôt que de se réjouir trop vite. affär veut dire magasin avant de vouloir dire affaire. byrå est une agence, ou une commode. pjäs est une pièce de théâtre, jamais une pièce de la maison. Le mot vous est familier ; son emploi ne l'est pas encore.
| En suédois | Ce que ça veut dire | Quand l'utiliser |
|---|---|---|
| ett paraply | un parapluie | Emprunté au français. Le mot s'entend avant même d'être appris. |
| en trottoar | un trottoir | Sur les panneaux de voirie et les avis de déneigement. |
| en kö | une file d'attente | Du français queue. C'est le kö de bostadskö, la file d'attente pour un logement. |
| en miljö | un environnement, un milieu | Sur les bacs de tri et dans tout le vocabulaire politique. |
| en affär | un magasin | Le sens a glissé : c'est la boutique, pas l'affaire. |
| en biljett | un billet | Au guichet, et dans l'application de transport de votre région. |
| en fåtölj | un fauteuil | Dans les annonces de meubles d'occasion, le jour où il faut équiper un appartement. |
| en nivå | un niveau | Sur une offre d'emploi qui précise le niveau de suédois attendu. |
Ce qui est réellement difficile et qui se voit sur la page
En ou ett. Chaque nom suédois appartient à l'un des deux genres, et rien dans le sens du mot ne dit lequel. ett barn est un enfant et en bil est une voiture. Environ trois quarts des noms prennent en, certaines terminaisons tranchent de façon fiable, et le reste s'apprend avec le mot. Les repères sont dans l'article sur en et ett, et la consigne pratique tient en une ligne : ne stockez jamais un nom sans son article.
L'article défini se colle au nom. Il n'existe pas de mot suédois pour le, la ou les. La marque se soude à la fin : bil devient bilen, hus devient huset. C'est le premier moment où le dictionnaire semble cassé, parce que le mot affiché dans votre cage d'escalier n'y figure pas sous cette forme. La forme définie détaille les terminaisons et le pluriel, où un second suffixe s'empile sur le premier.
Le verbe est en deuxième position. Mettez autre chose que le sujet en tête de phrase et le sujet passe derrière le verbe : Imorgon åker jag till Malmö, et jamais Imorgon jag åker. Le français, lui, ne bouge pas : Demain je pars est parfaitement correct. C'est pour cette raison que la règle V2 est le seul point de grammaire suédoise qu'il vaut la peine d'apprendre tôt et proprement.
Les mots composés. Le français relie ses noms avec à et de, le suédois les colle. Une brosse à dents se dit tandborste, un sac à dos ryggsäck, une salle de bains badrum, une chambre à coucher sovrum. La conséquence est qu'on ne cherche pas un mot de vingt lettres dans un dictionnaire : on le coupe par la droite, et le dernier morceau donne à la fois le sens principal et le genre.
Les verbes à particule. Un verbe et un petit mot fabriquent ensemble un troisième sens qu'aucune des deux moitiés n'annonce. tycka veut dire penser ; tycka om veut dire aimer bien. komma veut dire venir ; komma ihåg veut dire se souvenir. se veut dire voir ; se ut veut dire avoir l'air. La particule reste collée derrière le verbe, même avec un pronom : on dit Jag stänger av den, et jamais Jag stänger den av.
| En suédois | Ce que ça veut dire | Quand l'utiliser |
|---|---|---|
| en bil, ett hus | une voiture, une maison | Deux genres, et le sens du mot ne dit jamais lequel. |
| bilen, huset | la voiture, la maison | La forme qu'on lit sur les panneaux et dans les courriers, pas celle du dictionnaire. |
| Imorgon åker jag till Malmö. | Demain, je pars pour Malmö. | Le complément en tête renvoie le sujet derrière le verbe. |
| en tandborste | une brosse à dents | tand, dent, plus borste, brosse. Le français relie, le suédois colle. |
| en bostadskö | une file d'attente pour un logement | bostad plus kö. Le mot se lit en le coupant par la droite. |
| Jag tycker om dig. | Je t'aime bien. | tycka seul veut dire penser. C'est om qui fait tout le travail. |
| Kommer du ihåg? | Tu te souviens ? | Ni komma ni ihåg ne vous y mènent séparément. |
Dans la bouche, le français vous aide autant qu'il vous gêne
Commençons par ce qu'il vous donne, parce que personne ne vous le dira. Le y suédois est proche du u de tu, et le ö du eu de peur. Un anglophone doit fabriquer ces deux voyelles de zéro, souvent pendant des mois. Vous les avez dans la bouche depuis l'enfance.
Ce que le français vous enlève est plus embêtant. Le h se prononce. Le vôtre est muet depuis des siècles. Celui du suédois est une vraie consonne qui distingue de vrais mots : hår est un cheveu, år est une année ; hand est une main, and est un canard. Le laisser tomber ne donne pas un accent charmant. Cela donne un autre mot. Les nasales n'existent pas. en man se dit avec un n bien détaché, jamais comme le en de enfant, et c'est le réflexe français le plus tenace.
La longueur des voyelles change le mot. Le français ne s'en sert pas pour distinguer le sens. Le suédois si, et c'est l'erreur qui coûte réellement de la compréhension. tak est un toit et tack est merci. glas est un verre et glass est une glace. väg est une route et vägg est un mur. L'indice écrit est fiable : une consonne doublée derrière la voyelle veut dire que la voyelle est brève.
Et l'accent tombe ailleurs. En français, il se pose à la fin du groupe de mots, toujours, et vous n'y pensez jamais. En suédois, chaque mot porte le sien, et par-dessus vient l'accent de hauteur, cette mélodie interne qui distingue tomten le terrain de tomten le lutin. Dites tout à plat : on entendra que vous êtes étranger, et on vous comprendra quand même. Les deux consonnes qui demandent vraiment du travail sont ailleurs, dans sju et dans tjugo, et les sons sj- et tje- s'en occupent en détail.
| En suédois | Ce que ça veut dire | Quand l'utiliser |
|---|---|---|
| hår / år | cheveu / année | Le h suédois se prononce. L'oublier transforme un cheveu en année. |
| hand / and | main / canard | Même piège, et il revient tous les jours. |
| tak / tack | toit / merci | Un a long et un a bref. Merci avec un a long donne toit. |
| glas / glass | un verre / une glace | Au comptoir d'un café. La consonne doublée raccourcit la voyelle. |
| väg / vägg | route / mur | En demandant son chemin, où l'erreur se remarque. |
| ful / full | laid / plein, et familièrement ivre | Le u long fait laid, le u bref fait plein. Dix secondes bien investies. |
| sju sjuksköterskor | sept infirmières | La phrase que les Suédois font répéter aux étrangers. Trois sons sj- de suite. |
L'obstacle qui fait abandonner n'est pas dans la langue
Vous préparez une phrase, vous la sortez, et on vous répond en anglais avant la fin. Ce n'est ni votre accent ni de la condescendance. Une demi-seconde d'hésitation se lit, dans les codes sociaux suédois, comme une personne en difficulté, et basculer est le geste poli. On vous aide au moment précis où vous aviez besoin qu'on ne vous aide pas. Ce qui règle le problème n'est pas votre niveau mais le moment où vous placez votre phrase, et pourquoi on vous répond en anglais donne la phrase exacte.
C'est ici que se loge l'objection sérieuse, alors autant la poser franchement : tout le monde parle anglais en Suède, donc pourquoi y passer des années ? La première moitié est à peu près vraie. Vous ferez vos courses, votre banque, votre travail et votre rendez-vous médical en anglais, et personne ne vous le reprochera.
Voici ce que l'anglais ne franchit pas. Le courrier de Försäkringskassan arrive en suédois. La table du déjeuner commence en anglais pour vous et repasse en suédois deux phrases plus tard, et c'est normal : huit personnes ne doivent pas une langue à une seule. Les annonces d'emploi écrivent svenska är ett krav et le pensent. Et il y a, entre être bien accueilli quelque part et y être vraiment, une différence que personne ne vous dira en face.
Si vous venez pour un contrat de deux ans et que vous repartez ensuite, l'anglais suffit réellement, et personne ne devrait vous vendre un cours pour ça. Si vous restez, la question n'a jamais été de savoir si le suédois est difficile. Elle est de savoir si rester dehors pendant dix ans l'est moins.
Par où commencer, cette semaine
Commencez par les verbes, pas par la grammaire. Dix minutes sur le présent suédois, c'est le moyen le plus rapide de vérifier par vous-même la moitié facile de la langue : vous verrez une seule forme couvrir toutes les personnes et vous cesserez d'attendre le tableau de conjugaison qui ne viendra pas. Rien d'autre ne transforme aussi vite une promesse en expérience.
Prenez ensuite trois habitudes. Elles ne coûtent rien maintenant et coûtent une relecture de tout votre vocabulaire si vous les prenez dans six mois. Rangez chaque nom avec son article et sa forme définie sur une seule fiche : en bil, bilen. Coupez les mots composés par la droite. Et prononcez le h de hus et de hår, parce que le suédois y met de vrais mots.
La raison de s'y mettre avant le départ, ou avant que la place en SFI n'arrive, n'a rien de motivationnel. Les semaines où vous n'êtes pas encore débordé sont les seules où le suédois ne coûte que du temps, et ceux qui ont attendu racontent en général la même chose : c'est l'attente qui a coûté cher.
Les questions qu'on pose
- Le suédois est-il difficile pour un francophone ?
- Moins qu'on ne le croit, surtout si vous parlez anglais. Il n'y a pas de déclinaison, le verbe ne se conjugue pas selon la personne, et on dit tu à tout le monde. Les difficultés propres à un francophone sont ailleurs : le h qu'il faut prononcer, les nasales qu'il faut perdre, la longueur des voyelles qui change le sens, et les mots composés qu'on écrit d'un seul bloc là où le français relie avec à et de.
- Qu'est-ce qui est le plus difficile en suédois ?
- Pour la plupart des gens, ce n'est pas la grammaire. C'est qu'on vous répond en anglais dès que vous hésitez, donc la pratique dont vous avez besoin est précisément celle que vous n'obtenez pas. À l'intérieur de la langue, le point le plus coriace est le choix entre en et ett, parce que rien dans le sens du mot ne le prédit et que ce choix commande ensuite la terminaison définie, l'adjectif et le pronom.
- Le suédois est-il plus facile que l'allemand ?
- Selon les durées publiées par le Foreign Service Institute américain, oui. Le suédois est en catégorie I à 24 semaines, l'allemand en catégorie II à environ 36 semaines. Les deux raisons principales sont que le suédois n'a pas de système de cas pour les noms et pas d'accord du verbe avec la personne, alors que l'allemand a les deux.
- Faut-il parler anglais pour apprendre le suédois ?
- Non, mais cela aide énormément. Le suédois et l'anglais sont deux langues germaniques et partagent des centaines de mots reconnaissables : hus, hand, vinter, dricka, komma. Un francophone qui lit l'anglais démarre donc avec un vocabulaire passif qu'il ne soupçonne pas. Sans anglais, l'apprentissage reste tout à fait faisable. Il commence simplement plus bas.
- La prononciation du suédois est-elle difficile pour un Français ?
- Elle est plus difficile que la grammaire, mais le français vous donne deux atouts : le y suédois ressemble au u de tu et le ö au eu de peur, deux voyelles qu'un anglophone doit apprendre de zéro. Les trois vrais obstacles sont le h, qui se prononce ; la longueur des voyelles, puisque tak est un toit et tack est merci ; et les sons sj- et tje-, que le français n'a pas.
- Peut-on vivre en Suède sans parler suédois ?
- Oui, pour tout ce qui est transactionnel. Les magasins, les banques, les soins et beaucoup d'entreprises fonctionnent en anglais sans friction. Ce qui reste hors de portée, c'est le courrier administratif, qui arrive en suédois, la conversation de groupe, qui repasse en suédois au bout de deux phrases, et toute annonce d'emploi qui précise svenska är ett krav.
Vous connaissez quelqu'un qui vient d'arriver ?




