La réponse courte
En Suède, les déchets ménagers se trient par matière, pas dans un bac unique. En immeuble, tout se passe dans une pièce fermée à clé, le soprum ou le miljörum. Des conteneurs séparés y prennent les déchets alimentaires, les ordures restantes, les journaux, les emballages papier et carton, les emballages plastique, les emballages métalliques, et le verre, séparé en deux bacs. Les étiquettes sont en suédois seulement. Piles, ampoules, électronique, produits dangereux et encombrants partent ailleurs. Les canettes et bouteilles marquées pant se rapportent au supermarché, où une machine rembourse la consigne. Ce que votre immeuble accepte dépend de la commune et du bailleur : l'affiche sur la porte est la seule liste qui vaut.
En bas, ce n'est pas deux bacs mais une pièce fermée à clé
Là d'où vous venez, descendre les poubelles voulait dire un local avec deux ou trois bacs, et le verre, une fois par quinzaine, dans le conteneur au coin de la rue. La seule décision à prendre était binaire : recyclable ou pas. Quelqu'un d'autre séparait ensuite. En Suède, c'est une pièce, presque toujours fermée, qui s'ouvre avec le même badge que la porte d'entrée. Le long du mur, une rangée de conteneurs, chacun étiqueté, chacun pour une seule matière. Personne ne vous explique. Vous découvrez tout seul, un soir à neuf heures, un sac à la main.
Cette pièce porte un nom, et vous le verrez dans votre bail et dans les mails de la gérance : soprum, ou miljörum quand elle prend plus que les ordures ordinaires. Sur la porte ou au-dessus des bacs, une affiche imprimée liste ce que cet immeuble-là accepte. C'est l'affiche qui fait foi, pas un guide, pas cette page. Deux immeubles de la même rue peuvent accepter des choses différentes, parce que le propriétaire décide quels conteneurs il paie et la kommun décide de ce qui est collecté où.
Vous aviez l'habitude d'une consigne de tri qui ne bougeait pas quand vous déménagiez. Ici elle change d'un immeuble à l'autre, donc les cinq premières minutes utiles de votre vie de locataire suédois se passent en bas, à lire une porte. Photographiez l'affiche. Vous en comprendrez un tiers aujourd'hui, ce qui suffit, parce que ces mots-là reviennent sur chaque bac, chaque semaine, aussi longtemps que vous habiterez là. Si vous en êtes encore aux visites, la question se pose à ce moment-là, avec celles qu'on oublie de poser avant de signer.
Sept à neuf ouvertures, et le verre compte pour deux
Le nombre de catégories est le premier choc. Le verre à lui seul occupe souvent deux conteneurs, färgat glas et ofärgat glas, coloré et incolore, et glisser une bouteille de vin verte dans le second est une vraie erreur, pas un détail. Le carton, les emballages en papier, le plastique, le métal et les journaux ont chacun leur ouverture. Les déchets alimentaires ont leur bac dans les immeubles qui les collectent, avec des sacs en papier fournis par la gérance ou par la commune. Ce qui reste va dans restavfall, et ce bac n'est pas l'endroit où l'on met ce qu'on n'a pas su identifier.
Le réflexe qui casse en premier est celui du bac jaune. Vous aviez pris l'habitude de jeter ensemble le plastique, le métal et le carton, et de laisser un centre de tri faire la séparation plus loin. Ici la séparation vous revient, conteneur par conteneur, et le geste prend quelques secondes de plus par sac. Le conteneur à verre du quartier, lui, a simplement déménagé : il est en bas, en deux ouvertures, et c'est vous qui distinguez les couleurs.
| En suédois | Ce que ça veut dire | Quand l'utiliser |
|---|---|---|
| Matavfall | Déchets alimentaires | Le bac que vous ouvrirez le plus souvent, dans les immeubles qui les collectent. Les sacs en papier sont fournis, par le gardien ou en magasin. |
| Restavfall | Ordures restantes, ce qui reste une fois le tri fait | La poubelle ordinaire. Les panneaux plus anciens disent brännbart, ce qui veut dire incinérable et désigne la même chose. |
| Färgat glas / Ofärgat glas | Verre coloré / verre incolore | Deux ouvertures côte à côte. La bouteille verte et le bocal transparent ne vont pas dans la même. |
| Pappersförpackningar | Emballages en papier et en carton | Boîte de céréales, boîte d'œufs, sac en papier. Pas les journaux, qui ont leur propre bac. |
| Wellpapp | Carton ondulé | Cartons de déménagement et de colis. Certains immeubles lui donnent un conteneur, d'autres le rangent avec les emballages papier. |
| Tidningar | Journaux, magazines, papier imprimé | Tout ce qui est imprimé et n'a rien emballé. Les prospectus de la boîte aux lettres vont là. |
| Plastförpackningar | Emballages plastique | Ce qui a contenu un produit. Un objet en plastique qui n'a jamais rien emballé n'entre pas dans cette catégorie. |
| Metallförpackningar | Emballages métalliques | Boîte de conserve, couvercle, barquette en aluminium. Les canettes de boisson, non : elles ont une consigne. |
| Ställ inget på golvet. | Ne posez rien par terre. | Le mot manuscrit le plus fréquent d'un local à poubelles suédois. Il vise tout ce qui ne rentre pas. |
Förpackning, le mot qui explique la moitié des étiquettes
Un seul mot éclaire presque toutes les étiquettes, et c'est förpackning, emballage. Les catégories sont construites sur ce qu'une chose a emballé, pas sur ce dont elle est faite. Plastförpackningar prend donc le pot de yaourt et le flacon de shampooing, et ne prend pas le seau cassé ni le jouet, qui sont en plastique mais n'ont jamais rien emballé. La même logique traverse le métal et le papier. Une fois qu'on tient ça, la moitié des hésitations tombent.
D'où la séparation qui surprend le plus : le journal et la boîte de céréales sont du papier tous les deux, et ils ne vont pas au même endroit. Tidningar prend l'imprimé, journaux, magazines, prospectus. Pappersförpackningar prend ce qui a contenu quelque chose, la boîte d'œufs, le sac de farine, le manchon en carton autour d'un plat. Vous les jetiez ensemble, ici ils se séparent dès la porte.
Deux consignes reviennent sur presque chaque étiquette et méritent d'être suivies. Skölj ur veut dire rincez, ce qui compte parce que la pièce est partagée et chauffée. Vik ihop veut dire pliez, ce qui compte parce qu'un carton laissé entier remplit le conteneur à lui seul et que le suivant n'a plus de place. Personne ne contrôle ni l'un ni l'autre. Les deux se remarquent.
L'återvinningscentral est la déchèterie, l'återvinningsstation non
Une lampe cassée, un ordinateur mort, un pot de peinture, un matelas. Rien de tout cela n'a sa place dans les conteneurs du bas, et c'est pourtant là que les nouveaux arrivants le posent, parce que c'est le seul endroit de l'immeuble qui ressemble à une poubelle. Les piles, les ljuskällor (ampoules), l'elavfall (déchets électriques) et le farligt avfall (déchets dangereux) se collectent à part. Certains immeubles ont une petite boîte à l'intérieur de la pièce pour les piles et les ampoules, et si c'est le cas chez vous, cette boîte est la seule exception.
Le reste part vers deux endroits dont les noms se ressemblent au point de faire perdre un aller-retour. Une återvinningsstation est le groupe de gros conteneurs sans personnel qu'on croise sur un parking ou en bord de zone commerciale : c'est le point d'apport volontaire, il prend les emballages et les journaux, les mêmes catégories que votre local. Une återvinningscentral est un site avec du personnel où l'on se rend en voiture : c'est la déchèterie, et c'est elle qui prend les meubles, l'électronique, les gravats et les produits dangereux. Une syllabe d'écart, deux endroits opposés.
Les encombrants ont leur mot, grovsopor, et une organisation qui varie plus que tout le reste de cette page. Certains immeubles ont un grovsoprum ouvert des jours fixes. Certaines communes viennent chercher sur demande. D'autres attendent que vous apportiez vous-même, et quelques sites imposent une réservation ou un badge à l'entrée. Le dépôt sur le trottoir la veille d'un ramassage, en revanche, n'existe pas ici : personne ne viendra. Cherchez sur le site de votre commune avant de descendre la chaise, et si la page reste floue, demandez au bailleur plutôt que de deviner. Un canapé posé à côté des bacs est la seule erreur que tout l'immeuble voit.
| En suédois | Ce que ça veut dire | Quand l'utiliser |
|---|---|---|
| Återvinningsstation | Point d'apport volontaire, sans personnel | Sur un parking, en bord de zone commerciale. Emballages et journaux, rien de plus. |
| Återvinningscentral | Déchèterie, avec du personnel | Là où vont les meubles, l'électronique et la peinture. On y va en voiture, parfois sur réservation. |
| Grovsopor | Encombrants | Le mot à taper sur le site de votre commune avant de sortir quoi que ce soit de volumineux. |
| Farligt avfall | Déchets dangereux | Peinture, solvants, produits d'entretien agressifs. Jamais dans le local de l'immeuble. |
| Elavfall | Déchets électriques et électroniques | Chargeurs, petit électroménager, câbles. Les piles ont souvent leur boîte à part. |
Le pant est une consigne, et ça ne se trie pas
Achetez une canette de soda ou une bouteille d'eau en plastique et une consigne s'ajoute au passage en caisse. Le mot suédois est pant, et il est imprimé sur l'emballage lui-même : vous pouvez vérifier n'importe quelle canette de votre cuisine tout de suite. Ce circuit est entièrement séparé du tri de votre immeuble, et c'est pour cette raison qu'une canette vide n'a rien à faire dans metallförpackningar, ni une bouteille d'eau dans plastförpackningar.
On récupère sa consigne en glissant canettes et bouteilles dans une machine, un pantautomat, presque toujours juste après l'entrée du supermarché. Elle compte, elle imprime un ticket, et vous le remettez en caisse ou vous appuyez sur le bouton qui reverse la somme à une association. Deux choses à savoir avant le premier essai : une canette écrasée est souvent refusée, parce que la machine lit le code-barres, et le verre n'est pas inclus d'office. Les bouteilles de vin relèvent du verre ordinaire. Certaines bouteilles de bière portent une consigne. C'est le marquage sur l'objet qui tranche, à chaque fois.
C'est aussi là que le vocabulaire de la caisse commence à servir, puisque le ticket finit entre les mains de quelqu'un qui vous posera une question courte et prévisible. Ces questions-là sont toutes dans les sept phrases qui reviennent à la caisse d'un magasin suédois.
Personne ne viendra vous dire que vous vous trompez
Aucun voisin ne frappera à votre porte pour une poubelle. Ce qui arrive à la place, c'est une note scotchée sous un couvercle, une pancarte plastifiée dans l'ascenseur, un mail collectif sur le tri, et un voisin qui commence à reconnaître vos sacs. Un tri mal fait coûte de l'argent à l'immeuble, d'où la fréquence de ces messages, et leur ton reste patient et général. C'est bien le problème. Rien ne vous vise, donc rien ne se corrige.
La sortie est d'une simplicité gênante, et c'est exactement ce que les nouveaux arrivants évitent : demander à quelqu'un, dans la pièce, l'objet à la main. Le tri fait partie des sujets sur lesquels un Suédois répond volontiers, la réponse est nette, et c'est une des rares conversations où être nouveau suffit à justifier qu'on adresse la parole à un inconnu. En location, celui qui vous doit une réponse est le hyresvärd ou le fastighetsskötare, le gardien. Si vous êtes propriétaire, c'est la styrelse, le conseil de la copropriété, et son adresse est sur le panneau d'affichage.
Posez la question en suédois et il se passe autre chose. La question est courte, la réponse tient dans un nom et un doigt pointé, et vous allez la comprendre. Cette expérience est plus rare qu'il n'y paraît pendant la première année, et elle vaut la peine d'être provoquée exprès. Si l'on vous répond systématiquement en anglais, c'est un autre problème, avec ses propres parades : la phrase à placer avant qu'on ne bascule.
| En suédois | Ce que ça veut dire | Quand l'utiliser |
|---|---|---|
| Vart ska det här? | Ça va où, ça ? | Dans la pièce, l'objet à la main. La question la plus courte et la plus utile de l'immeuble. |
| Var slänger man glasflaskor? | Où est-ce qu'on jette les bouteilles en verre ? | Remplacez le mot par n'importe quel objet. Man veut dire on, et c'est ce qu'on veut ici plutôt que du. |
| Får man slänga wellpapp här? | On a le droit de mettre du carton ondulé ici ? | Quand un conteneur a l'air assez proche sans que vous en soyez sûr. |
| Finns det ett miljörum i huset? | Y a-t-il un local de tri dans l'immeuble ? | À la visite, ou le jour de la remise des clés. La réponse décide de ce que vous ferez de chaque sac pendant deux ans. |
| Hur får jag en tagg till soprummet? | Comment j'obtiens un badge pour le local à poubelles ? | Au bailleur ou au gardien. Une tagg est le badge en plastique utilisé par la plupart des immeubles. |
| Samlar vi in matavfall i huset? | Est-ce qu'on collecte les déchets alimentaires dans l'immeuble ? | À un voisin ou à la styrelse. Tous les immeubles ne le font pas, et les sacs en papier viennent avec. |
| Var kan jag panta? | Où est-ce que je peux rapporter mes consignes ? | Dans n'importe quel supermarché, à n'importe quel employé. On vous montrera du doigt. |
| Vad gör jag med den gamla soffan? | Qu'est-ce que je fais du vieux canapé ? | Au bailleur ou à la styrelse, avant qu'il ne sorte de l'appartement. C'est la question qui évite le canapé dans le couloir. |
Le suédois le plus facile que vous lirez est sur ces bacs
Dix ou douze mots couvrent toute la pièce, et vous les rencontrez l'objet à la main, avec une conséquence au bout. Cette combinaison-là, les cours de langue dépensent beaucoup d'énergie à l'imiter. Personne ne vous évalue, personne n'attend que vous finissiez votre phrase, et vous avez droit à un nouvel essai demain soir. Pour la plupart des gens, c'est le premier suédois qu'ils lisent tous les jours sans l'avoir décidé.
Au passage, ces étiquettes enseignent deux mécanismes qui font tourner la langue. Les pluriels sont visibles partout : tidningar, flaskor, burkar, kartonger, batterier. Les terminaisons diffèrent, elles s'apprennent, et glas reste glas qu'il y en ait un ou un conteneur plein. Et les mots composés se cassent proprement dès qu'on voit la soudure : mat plus avfall, nourriture plus déchet, sop plus rum, ordure plus pièce. Återvinning se coupe en åter, de retour, et vinning, gain. Le recyclage, en suédois, c'est ce qu'on regagne.
C'est aussi l'argument pour faire dix minutes par jour maintenant plutôt qu'à la SFI. Les mois qui précèdent une place sont les heures de suédois les moins chères que vous achèterez jamais, et ce sont elles qui décident si vous entrez dans le groupe débutant ou un cran au-dessus. Le calcul complet est dans le suédois compté en heures et non en mois.
Descendez ce soir, photographiez l'affiche sur la porte, et cherchez les cinq mots que vous n'arrivez pas à lire. C'est votre liste, elle a été écrite pour votre immeuble, et elle est plus courte que vous ne le pensez.
Les questions qu'on pose
- Combien de bacs y a-t-il pour le tri sélectif en Suède ?
- Il n'y a pas de chiffre national, parce que le propriétaire de l'immeuble décide des conteneurs installés et la commune décide de ce qui est collecté où. Un local courant sépare les déchets alimentaires, les ordures restantes, les journaux, les emballages en papier et carton, les emballages plastique, les emballages métalliques, et le verre en coloré et incolore, ce qui fait sept à neuf ouvertures. Les piles, les ampoules, l'électronique, les déchets dangereux et les encombrants se traitent en dehors de cette pièce. L'affiche sur la porte de votre local est la seule liste qui s'applique à vous.
- Où jeter le verre en Suède ?
- En général dans le local de votre immeuble, et en général dans deux conteneurs plutôt qu'un : färgat glas pour le verre coloré, ofärgat glas pour le verre incolore. Si votre immeuble n'a pas de conteneur à verre, la återvinningsstation la plus proche en a, c'est-à-dire le groupe de gros conteneurs sans personnel installé sur un parking ou en bord de zone commerciale. Les verres à boire, les vitres, les miroirs et la céramique ne sont pas des emballages en verre et n'entrent dans aucun des deux.
- C'est quoi le pant et comment ça marche ?
- Le pant est une consigne ajoutée au prix de la plupart des canettes et des bouteilles de boisson en plastique en Suède, remboursée quand vous rapportez l'emballage vide. Le mot est imprimé sur l'emballage. Vous glissez les vides dans une machine appelée pantautomat, normalement près de l'entrée du supermarché, et elle imprime un ticket que vous présentez en caisse ou que vous reversez à une association. N'écrasez pas les canettes, la machine lit le code-barres. Le verre n'est concerné que si la bouteille porte le marquage.
- Que faire des meubles, de l'électroménager ou de la peinture ?
- Rien de tout cela ne va dans le local de l'immeuble. Les encombrants s'appellent grovsopor et les déchets dangereux farligt avfall, et les deux vont le plus souvent à une återvinningscentral, la déchèterie où l'on se rend en voiture, et non à une återvinningsstation, les conteneurs sans personnel du quartier. Certains immeubles ont un local d'encombrants ouvert des jours fixes et certaines communes viennent chercher sur demande, donc vérifiez les pages de votre commune et demandez au bailleur ou à la styrelse avant de descendre quoi que ce soit.
- Faut-il vraiment rincer les emballages avant de les jeter ?
- Les étiquettes le demandent, et dans une pièce partagée d'un immeuble chauffé la raison saute aux yeux en une journée. Un passage rapide à l'eau froide suffit, il ne s'agit pas de laver. Plier les cartons compte pour la même raison pratique : un carton laissé entier remplit le conteneur à lui seul, et le voisin suivant n'a plus où mettre le sien.
Vous connaissez quelqu'un qui vient d'arriver ?




